Quand j’y pense, je me dis qu’il va falloir peser chaque mot. Quand il s’agit de parler de Jean Marie Le Pen, tout dérapage ou approximation peut en effet se révéler dangereuse.

Soyons clair, il n’y a aucune chance pour que le leader du Front National puisse devenir président de la république. Même si la société française s’était radicalisée à outrance, on voit mal comment le FN pourrait passer de 18 % en 2002 à plus de 50 % en 2007.

Cela dit, les sondages qui place pour le premier tour le FN à 11 % doivent sous estimer les intentions de vote qui pourraient se reporter vers lui. Il est certain que nombre de personnes qui vote pour le Front National ne le disent pas forcément aux instituts de sondage.

Dans ce contexte, on pourrait dire qu’après tout, l’extrême droite ne devrait pas disparaître cette année encore en France mais que cela ne mérite pas plus d’intérêt. Mais cette réflexion serait peut être un peu courte. Car si la possibilité pour le FN d’arriver au pouvoir en France est minime, il faut bien se rendre à l’évidence et dire que ce parti exprime une réalité pour une partie des électeurs de ce pays. Il y a le racisme des uns, la colère sociale des autres, il y a le ras le bol des uns, la défense de valeurs pour d’autres encore. Bref, il y a beaucoup de raison qui aboutissent au fait qu’il y a en France des gens qui imaginent que Jean Marie Le Pen met en avant de véritables problèmes et y apportent de bonnes solutions.

Pour les solutions, il est évident que celles apportées par Jean Marie Le Pen ne sont pas celles que souhaitent la majorité du pays. Cependant, on aurait tord de ne pas entendre, non pas les dérapages, non pas les propos excessifs, mais le fait que l’immigration et la montée de l’islamisme radical peuvent être des sujets de débat en France.

Le PS et l’UMP ne devraient pas fuir ces sujets. Certes, Nicolas Sarkozy a avancé sa recette, celle de l’expulsion. Ségolène Royal a donné la sienne, celle du co-développement avec les pays concernés. Mais c’est peut être un peu court. On pourrait attendre des analyses plus développées sur ces thèmes. Quels sont les grands flux de population, quels sont les pays concernés, quelles sont les règles qui permettent à ces populations de rentrer légalement en Europe et en France. Quelles sont les filières d’immigration clandestine. Quelles sont les chiffres dont nous disposons. Combien notre pays peut il accueillir de personnes tous les ans. Pourquoi avons-nous besoin de cette immigration dans certains secteurs, etc..

Toutes ces questions, et elles sont nombreuses mériteraient d’être débattues pendant cette campagne. Cela permettrait peut être de couper un peu l’herbe sous les pieds de ceux qui en font leur seul argument de campagne.

Repousser sans cesse le débat n’a pas permis de faire reculer le Front National, alors pourquoi ne pas essayer de l’affronter. Le problème de l’immigration et un problème trop sérieux pour le laisser aux mains de l’extrême droite.